Histoire du théâtre

Un peu d’histoire : 1938-1990 

1938 : construction du Théâtre dans la «Cité Jardins»

 Le théâtre de Suresnes, petit cousin architectural du Palais de Chaillot, a été achevé en 1938. Il est bâti au cœur de la "Cité Jardins" et participe du grand élan d'aménagement des banlieues parisiennes de la première moitié du XXe siècle. Les Cités-Jardins ont été construites par des urbanistes visionnaires portés par les courants utopistes et progressistes de la fin du XIXe siècle et du début du XXe.

Ces urbanistes et architectes proposaient, comme l'indique Christian Dupuy, Maire de Suresnes, Conseiller Général des Hauts-de-Seine, une "vision globale de la ville construite pour l'homme et permettant d'intégrer avec cohérence l'ensemble des composantes environnementales sans lesquelles aucune cité ne peut vivre harmonieusement. Le principe à l'origine de la Cité-Jardins consiste en une volonté fondamentale : créer un habitat, composé de logements divers, favorisant la mixité sociale, dans un cadre verdoyant et s'inscrivant dans un urbanisme à échelle humaine, bénéficiant de tous les équipements culturels, sanitaires, sociaux, commerciaux et sportifs nécessaires à l'épanouissement des habitants."

Les théories fondatrices du mouvement international des Cités-Jardins puisent leurs sources dans le monde anglo-saxon. Ebenezer Howard (1850-1928) invente ce modèle de "Garden City" au sein duquel la cité devient avant tout le support spatial d'une organisation politique. C'est une organisation civique et municipale, peuplée et régie par ses citoyens citadins.
Henri Sellier, auquel le Théâtre doit sa construction en 1938, Maire de Suresnes de 1919 à 1941 est l'un des fer de lance de ce mouvement.
Le terrain sur lequel sera bâtie la Cité-Jardins de Suresnes est acquis dès 1915 et son aménagement, défini à partir de 1919, est confié à l'architecte Alexandre Maistrasse. Il est caractérisé par deux grands axes principaux et perpendiculaires : l'axe Nord-Sud, avec en son centre l'actuel collège Henri Sellier et au Nord, l'Eglise Notre Dame de la Paix et l'axe Est-Ouest qui aboutit sur une composition bâtie autour du Théâtre Jean Vilar.


L'ensemble de la cité sera pourvu de toutes les institutions d'intérêt collectif nécessaires à la vie urbaine moderne. Mais surtout, et c'est là sans doute le plus important, cette Cité créé entre les hommes un espace commun au sein duquel ils se sentent à la fois liés et autonomes. L'appartenance à une communauté, c'est-à-dire à un espace partagé, ne relève pas d'un modèle hiérarchique qui réserve à quelques-uns la possibilité d'agir. Dans cette perspective, le lien "horizontal" qui constitue le vouloir vivre-ensemble ne saurait être rabattu sur l'axe "vertical" de la domination.

L'actuel Théâtre Jean Vilar, appelé d'abord Centre de Loisirs Albert Thomas, est inauguré le 27 mars 1938.

 


1951 : première représentation du TNP, direction Jean Vilar

 En 1951, Jean Vilar, qui vient d'être nommé directeur du Théâtre National Populaire, ne peut disposer du Palais de Chaillot, occupé par l'ONU pendant près d'un an. Directeur de théâtre sans théâtre, il décide que son premier "bastion dramatique" sera le Théâtre de Suresnes, "un théâtre magnifique de mille deux cents places, à peu près inutilisé depuis sa création"…

Que le théâtre de Suresnes soit l'exact contemporain du Palais de Chaillot est sans doute un premier clin d'œil du destin, que la Cité-Jardins de Suresnes ait été conçue par des hommes qui se battaient pour des idées que Jean Vilar aurait pu revendiquer est un autre clin d'œil du destin… Quoi qu'il en soit, Jean Vilar créera, à Suresnes une nouvelle façon de "faire du théâtre", qui, outre les représentations en soirée, organise - comme il le faisait à Avignon depuis 1947 - des "Festivals" en forme de week-ends artistiques où l'on peut côtoyer Gérard Philipe, Maria Casarès, Philippe Noiret et les autres protagonistes du Théâtre National Populaire, leur parler, manger ou danser avec eux…
Il crée là un véritable événement théâtral qui verra la présence de Patachou, Louis Aragon et Elsa Triolet, René Clair, Armand Salacrou ou Jean Cocteau. Évènement auquel se rallient des personnalités aussi différentes que Maurice Chevalier, André Dassary ou Yves Montand qui donneront gracieusement des mini-récitals en supplément de programme. Pour exemple, le week-end des 17 et 18 Novembre 1951 qui offrait au public le samedi après-midi un concert de musique contemporaine, le samedi soir une représentation du Cid, le dimanche matin une "conférence dialogue" avec toutes les vedettes du TNP, le dimanche après-midi, une représentation de Mère Courage et le dimanche soir, le bal. Le tout, les trois repas compris, pour une somme très modique. Vilar met la barre très haut : le concert est de musique contemporaine, les pièces de théâtre n'appartiennent pas vraiment à un genre dit "de divertissement" et le brassage social y est de rigueur, compte-tenu de l'architecture de la salle et surtout, des conférences, repas et bals communs à tous. 
Le succès est tel que le théâtre accueille 15 000 spectateurs en 1951.
Après ce premier passage en 1951, Jean Vilar, avec la troupe du TNP, reviendra plusieurs fois au Théâtre de Suresnes pour des weeks-ends artistiques.
Une impulsion a été donnée, le théâtre de Suresnes est désormais "habité" par l'esprit du "grand homme"…
En 1971, à la mort de Jean Vilar, le théâtre, qui était devenu "Centre Culturel de l'Ouest Parisien", est, comme de droit, rebaptisé le Théâtre Jean Vilar.

 


1990 : Rénovation du Théâtre

 En 1986, le Théâtre doit être fermé car il n'est plus adapté aux normes de sécurité, à la qualité de l'accueil souhaité par la municipalité et aux exigences techniques modernes. A l'initiative de Christian Dupuy, Maire de Suresnes, la municipalité décide de réhabiliter et de moderniser l'ensemble du bâtiment dans le respect de ce lieu classé à l'inventaire des Monuments Historiques. D'une salle unique de 1200 places avec balcon, le projet défendu par l'architecte Valeanu et retenu par la Ville de Suresnes va installer sur trois niveaux, à l'arrière du bâtiment, le conservatoire de Musique, de Danse et d'Art Dramatique, adapter la grande salle aux exigences modernes de confort, de visibilité et d'acoustique en supprimant le balcon et en mettant en place 700 fauteuils en gradin, rénover la deuxième salle (L'Aéroplane, 250 places) pour y permettre l'accueil de spectacles plus intimistes, et enfin repenser les halls d'entrée et les espaces d'accueil en aménageant deux foyers-bars conciliant sécurité et bien-être du public.

L'investissement financier est lourd, plus de 65 millions de francs (10 millions d'euros), mais justifié car le bâtiment ainsi rénové est très beau : à la fois convivial et fonctionnel.
Christian Dupuy, Maire de Suresnes, décide également de lancer un appel à candidatures pour la direction du Théâtre. Parmi une cinquantaine de candidats dont quelques personnalités, le Maire retient le projet d'Olivier Meyer et le nomme Directeur du Théâtre en mars 1990. En choisissant ce projet, la Ville de Suresnes:

  • décide d'avoir une programmation à la fois ambitieuse artistiquement et ouverte au plus large public.
  • accorde l'autonomie juridique et financière au nouveau Théâtre en créant une société d'économie mixte pour sa gestion.
  • donne les moyens financiers d'une véritable politique artistique associant production et accueil de nombreux spectacles.
  • Fort de cette volonté politique et de la confiance que lui accorde le Maire de Suresnes, Olivier Meyer va s'attacher à :
  • imaginer une programmation artistique et une politique de communication pour présenter la saison d'ouverture.
  • créer une société d'économie mixte au capital de 500.000 F (76.225 €) en associant quatre partenaires à l'actionnaire majoritaire, la Ville de Suresnes.
  • constituer une équipe de 12 permanents professionnels.
  • faire accepter les modifications techniques indispensables pour rendre l'utilisation du bâtiment encore plus adapté au spectacle vivant.


Le Nouveau Théâtre est inauguré officiellement par Christian Dupuy, Maire de Suresnes le 29 novembre 1990. Toute l'avenue et la place du Théâtre sont illuminées par des torches et des milliers de bougies à partir d'une idée de Jacques Rouveyrollis. L'accueil du public dans le hall du Théâtre est assuré par des comédiens, jongleurs, clowns. Le programme de la soirée inaugurale est composé de l'Orchestre National de jazz, sous la direction de Claude Barthélémy, accompagné par l'Etoile de la danse et chorégraphe Carolyn Carlson, suivie d'une soirée avec le grand orchestre de jazz de Gérard Badini.