ThéâtreCréation

Dom Juan

Réserver
Salle Jean Vilar
2h
Dès 15 ans

Il séduit toutes les femmes sans s’attacher à aucune. Il n’aime que son plaisir et se moque bien de Dieu qui tarde à le châtier. Jusqu’à ce qu’il feigne de se convertir et tente une dernière bravade : il invite à dîner la statue du commandeur qu’il a tué six mois plus tôt. Ultimes provocations qui lui vaudront de brûler en enfer.

Pièce atypique qui mêle le réel au fantastique, le comique au tragique, Dom Juan est sans doute l’une des œuvres de Molière qui résistent le mieux au temps.
Anne Coutureau la relit à travers le prisme de 2016. Aujourd’hui, le personnage, dont la désinvolture ne va pas sans courage, perd beaucoup de son amoralité. Les libertins ont gagné, les mœurs qui provoquaient la réprobation se heurtent à l’indifférence, voire, forcent l’admiration. Au fil des actes, elle esquisse le visage de l’homme moderne, qui a remplacé la morale par le désir et confirme que, trois cent cinquante ans plus tard, Dom Juan n’a pas pris une ride.

De Molière
Mise en scène Anne Coutureau

Production Théâtre vivant.
Coréalisation Théâtre de La Tempête / Cartoucherie de Vincennes.
Avec le soutien de la Direction des Affaires Culturelles d’Ile-de-France - Ministère de la Culture et de la Communication et le soutien de la Spedidam et de la Fondation NAH.

  • Dom Juan
  • © Svend Andersen
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  • © Svend Andersen
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De Molière
Mise en scène Anne Coutureau

Avec 
Birane Ba (Pierrot)
Dominique Boissel (Dom Louis)
Johann Dionnet (Dom Alonse et Monsieur Dimanche)
Pascal Guignard-Cordelier (Francisque)
Florent Guyot (Dom Juan)
Peggy Martineau (Done Elvire)
Tigran Mekhitarian (Sganarelle)
Aurélia Poirier (Mathurine)
Kevin Rouxel (Don Carlos)
Alison Valence (Charlotte)

Scénographie James Brandily
Assistante à la mise en scène Elise Noiraud
Son Jean-Noël Yven
Costumes Julia Allègre
Maquillage et coiffures Solange Beauvineau

Don Juan, le désir et le ciel

Dans son désir démesuré de repousser toutes limites et de s’affranchir des idéologies en vigueur, Don Juan rend compte d’une extraordinaire passion pour la vie, d’un courage fort et d’une exigence de vérité peu commune. Mais n’ayant peur de rien, ne reconnaissant «ni Dieu ni maître», il menace l’ordre du monde et le monde se charge de le lui rappeler. Don Juan devient alors un révélateur de la comédie sociale et de l’ambiguïté de la vertu car tous semblent prisonniers d’une morale figée ou d’un intérêt personnel déguisé et font figure d’esclaves. Qui l’arrêtera alors? Don Juan aimerait trouver sur son chemin quelque chose qui le dépasse et ce mouvement formidable qui exprime son goût de l’infini l’entraîne au-delà de la morale des hommes, vers le ciel. Mais le silence de Dieu est insupportable. C’est ainsi que suivant une inspiration dérangeante, Don Juan cherche à commettre l’action la plus noire pour provoquer la colère céleste. Chaque rencontre devient alors l’occasion d’une provocation métaphysique et Don Juan se retrouve, contre toute attente, en dialogue permanent avec le ciel. Jusqu’à l’obsession. Jusqu’à la damnation. Car dans son élan vers le mal, il prend du plaisir. Jouir de la souffrance des autres est une façon de blesser Dieu. Il s’autorise à se servir des êtres sans retenue. Sa provocation ultime, c’est la négation de l’autre comme Autre. C’est ainsi qu’il s’enfonce dans le mal. Et plus il s’enfonce, plus il appelle et plus il est seul.

Don Juan et nous

Confrontée aux valeurs du monde contemporain, la pièce de Molière est pratiquement retournée et fait apparaître l’image « en négatif » de notre société. Après la Révolution, le marxisme, l’effondrement tranquille du patriarcat, la libération des corps, des femmes, l’avènement de la laïcité et de la démocratie, l’horreur des guerres contemporaines, les libertins ont gagné d’un certain point de vue ; le matérialisme a gagné et, avec lui, l’individualisme. Les partenaires multiples et la consommation des corps sont des pratiques innocentes et le donjuanisme force l’admiration. Le divorce a fait florès et le mariage n’intéresse plus que les prêtres et les homosexuels. La vocation religieuse est totalement absente des préoccupations des jeunes filles et le blasphème fait rire. Les riches ont pris la place des aristocrates. L’autorité paternelle est en berne. La trahison, le mépris, la corruption sont des données humaines qu’on assume. Seul le meurtre, qui au XVIIe siècle, jouissait, par le duel, d’une impunité chargée de prestige, est susceptible de nous émouvoir. Enfin, en Europe, tout le monde s’accorde à croire que le ciel est vide et Dieu, bien sourd aux souffrances des hommes, est globalement rejeté. Ancrer la pièce de Molière de nos jours oblige donc à noircir le trait et à reconsidérer chaque personnage pour dessiner le visage de notre société en s’interrogeant sur le métissage culturel, la place de la religion, le communautarisme, les rapports de forces des classes sociales, la famille et l’éducation. Don Juan seul traverse les siècles (Molière était-il visionnaire?) et c’est finalement dans l’écrin de notre vingt-et-unième siècle si libéral, qu’éclate magnifiquement sa quête de vérité qui, avec les dérèglements qui s’ensuivent, fait apparaître la figure parfaite de l’homme moderne dont la volonté de remplacer la morale par le désir est peut-être la marque d’un besoin absolu de sens et de transcendance qui ne peut manquer de nous atteindre.
Anne Coutureau

La compagnie

Ce qui nous lie par-dessus tout est la nature de l’intérêt que nous portons à l’homme. Nous cherchons, sans méfiance, sans œillères, sans manichéisme, sans angélisme à le voir et à le montrer tel qu’il est- ni pire, ni meilleur. Le théâtre, plus que tous les autres arts, permet de se regarder en face grâce à la présence vivante de l’acteur. Nous ne voulons pas divertir les spectateurs, ni leur imposer une vision du monde, nous leur proposons de partager avec les acteurs une expérience sensible. En s’identifiant aux personnages, les spectateurs vont à la rencontre d’eux-mêmes. Ils ne se contentent pas d’observer les mécanismes qui ont construit les comportements, ils ressentent, ils comprennent dans leur chair la réalité d’une nature commune. En cela, le théâtre est le lieu privilégié de la connaissance de soi et du monde. L’acteur, dans son intégrité, capable d’offrir au personnage non seulement son corps et sa voix, mais aussi, et surtout, son monde intérieur, est donc au centre de notre démarche théâtrale. Notre travail consiste, avant tout, à aider l’intériorité du personnage et celle du comédien à se rencontrer, à se fondre. À permettre l’incarnation du personnage. C’est un travail de recherche ; il n’est pas soumis à une technique infaillible, ni régi par une science exacte. Lorsqu’il s’agit du mystère de l’homme, il nous est impossible de tout maîtriser. Il y a toujours quelque chose qui nous échappe, que nous ne pouvons fixer. Mais de temps en temps une lueur apparaît, et sa justesse s’impose de toute évidence. Nous sommes à la recherche de ces moments de vérité, de sens. Insaisissables, éphémères. Vivants. Refusant tout dogmatisme, toute représentation du monde figée par une idéologie, ainsi que toute complaisance nihiliste, nous voulons résister à la déshumanisation de notre monde. Nous voulons résister au vide et à la mort.
Nous voulons faire du théâtre vivant.