Théâtre

Madeleine, l'amour secret d'Apollinaire

vendredi 12 avril à 21:00

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Salle Aéroplane
1h15
Dès 16 ans

1915, Guillaume Apollinaire prend le train en gare de Nice. Il rencontre une jeune femme, Madeleine Pagès. Les deux voyageurs se plaisent, parlent poésie, échangent leurs adresses, ce qui deviendra une grande histoire épistolaire, d’une liberté inouïe.

Si la correspondance de Guillaume Apollinaire à Lou est universellement connue, celle de Madeleine et ses récits plus secrets sont d’une sensibilité exceptionnelle, qui pulvérise la poésie courtoise de son érotisme aussi fou que pudique. Aux fantasmes flamboyants de Guillaume, Madeleine apporte une réponse féminine subtile et ardente, réponse à la quête de la « Rose », objectif premier du poète pour continuer à dire « Oui » à la vie, dans l’enfer des tranchés.

Pierre Jacquemont — qui lit et dit avec pudeur ces lettres si intimes — et Alexandrine Serre — qui ne craint aucune des audaces de Madeleine — dessinent une carte du Tendre avec émerveillement. Plus que jamais, ces lettres nous soufflent cela à l’oreille : la poésie doit être la force de vie qui permet de résister à l’horreur.

D’après les correspondances de Guillaume Apollinaire et Madeleine Pagès
Adaptation Pierre Jacquemont

Avec le soutien de Jean-Pierre Pagès et Laurence Campa. Lecture créée le 8 mars 2016 dans le cadre du Printemps des poètes aux 3 Pierrots / Saint Cloud. Le spectacle est labellisé par la mission du centenaire de la Première guerre mondiale 1914-2014. Remerciements au Théâtre Les 3 Pierrots, la Ville de Saint-Cloud et Ségolène de Larminat, le musée des Avelines et Emmanuelle le Bail, Jean-Pierre Pagès pour les documents inédits de Madeleine et Laurence Campa.

  • Madeleine, l'amour secret d'Apollinaire

Avec Alexandrine Serre et Pierre Jacquemont

Puis lentement je m’en allai
Pour quêter la Rose du Monde
Guillaume Apollinaire, Alcools 1913

Vous êtes la Rose, la Rose du monde que j’ai quêtée.
Guillaume Apollinaire, Lettre à Madeleine du 23 Août 1915


La quête de la Rose est chez Apollinaire une quête de la femme idéale, de la grâce, comme la quête de la fleur pour les acteurs extrême orientaux. Chercher la grâce, la beauté contre vents et marées. Sur le quai de la gare de Nice, le 1er janvier 1915, Guillaume dit adieu à Lou, passion érotique et fulgurante, puis rejoint son compartiment où le destin lui offre la compagnie d’une jeune étudiante en lettre, Madeleine Pagès. Par quelques mots échangés sur la poésie, par le mystère d’un regard croisé, cette jeune femme va déclencher chez le poète une quête de douceur et d’amour. Cette quête de la Rose devient l’objectif premier de Guillaume sur fonds de tranchées et de batailles « viriles ». Pour Apollinaire dans le paysage d’horreur et de mort, depuis l’artillerie jusqu’au carnage de l’infanterie en première ligne, l’amour est le seul moyen de continuer à dire «Oui» à la vie, le seul moyen de traverser le rideau de flammes, de passer de l’autre côté du front.
Et si Guillaume joue un rôle de Pygmalion dans son initiation érotique, Madeleine le façonne et l’inspire aussi, en lui offrant sa spontanéité et son intimité, et en passant, dans un abandon absolu, de la pudeur à l’impudeur extrême. Ce dialogue qui n’était pas destiné à la publication, restera secret, inconnu des amis même du poète. C’est un voyage initiatique qui alterne pudeur et vérité, une carte du Tendre dont les étapes sont découvertes une à une lentement et avec émerveillement. Lettres et poèmes secrets chuchotés à l’oreille. Nous essayerons de les dire avec simplicité et dénuement.
Après la permission de Noël 1915 à Oran auprès de Madeleine, Guillaume retrouve l’enfer de la première ligne, il est blessé le 17 mars 1915 par un éclat d’obus qui traverse son casque. Pour « le poète assassiné » c’est la victoire du réel sur l’imaginaire, de la guerre sur l’amour et cette blessure marque la fin de la quête. Mais la cause de la poésie n’est pas perdue. Aujourd’hui plus que jamais, ces lettres d’amour et ces poèmes secrets nous soufflent cela à l’oreille : la poésie doit être la force de vie qui permet de résister à l’horreur.

Pierre Jacquemont

Guillaume Apollinaire
Guillaume est un poète et écrivain français, né polonais de l’Empire russe. D’après sa fiche militaire, il est né le 26 août 1880 à Rome et mort pour la France le 9 novembre 1918 à Paris. Il est considéré comme l’un des poètes français les plus importants du début du xxe siècle, auteur de poèmes tels que Zone, La Chanson du mal-aimé, Mai ou encore, ayant fait l’objet de plusieurs adaptations en chanson au cours du siècle, Le Pont Mirabeau par exemple. Il fut le chantre de nombreuses avant-gardes artistiques de son temps, notamment du cubisme à la gestation duquel il participa, et poète et théoricien de l’Esprit nouveau, et sans doute un précurseur majeur du surréalisme dont il a forgé le nom.

Madeleine Pagès
Madeleine débute son parcours dans l’enseignement le 15 mai 1912 en tant que maîtresse d’internat au lycée de jeunes filles d’Oran. Elle sera définitivement nommée institutrice le 19 novembre 1919. À Oran, elle habite avec sa mère Mathilde Pagès née Bareil et ses frères et soeurs dans la maison qui jouxte l’école primaire de filles du village Lamur dont Mathilde est la directrice. C’est dans cette maison qu’est reçu Guillaume Apollinaire fin décembre 1915. Madeleine Pagès a 22 ans en janvier 1915, lors de sa rencontre dans le train avec Guillaume Apollinaire. Elle était venue à Nice rencontrer Henriette, la femme enceinte de son frère aîné Jean, qui est au front dans les Vosges. Cette rencontre bouleversera sa vie entière.

Pierre Jacquemont
Après des études de Lettres classiques en Khâgne à Henri IV et une maîtrise de lettres classiques à la Sorbonne, il reçoit aussi une formation de comédien à l’école Charles Dullin, et suit des études de chant à l’Ecole normale de Musique. A la croisée de ces chemins, pour conjuguer théâtre et chant, il choisit le théâtre musical : c’est en 1982 que débute l’aventure de la compagnie les Musicomédiens avec L’île de Tulipatan, Opéra-Bouffe de Jacques Offenbach créé au Festival du Marais et repris à la Gaîté-Montparnasse et au Théâtre Hébertot. Suivent, en 1983 Il Signor Fagotto de Jacques Offenbach spectacle créé au Printemps de Bourges puis au Théâtre de la Potinière, Le Roi-Cerf d’après Carlo Gozzi, Comme il vous plaira de William Shakespeare… En 1986, il met en scène Fantasio d’Alfred Musset au Théâtre Mouffetard. En 1990-1991, dans Le voyage de Mozart à Prague d’Eduard Mörike, mis en scène par Nicolas Bataille, il interprète le rôle de Mozart à la Gaîté-Lyrique et à la Potinière. En 1992 il met en scène et joue les poétiques Innocentines de René de Obaldia, au Théâtre 14 et à la Potinière. Ces deux spectacles seront nommés pour le Molière du Meilleur spectacle musical. Il prend en 1993 la direction du Théâtre de la Pépinière-Opéra : il y invite chanteurs, burlesques musicaux, groupes vocaux, clowns…. Citons le dernier récital de Mireille, le tour de chant d’Anne Sylvestre, TSF, l’Ultima Récital. Retour à la scène avec Coline Serreau en 1997, dans son quatuor vocal du Salon d’été aux Bouffes parisiens, puis à partir de 2000 avec Jérôme Savary pour La Périchole et Irma la Douce, au Théâtre de Chaillot puis à l’Opéra-Comique. Depuis dix ans, il dirige Les 3 Pierrots, Théâtre et Cinéma de Saint-Cloud. En 2011 et 2012, au Théâtre 14 puis au Ranelagh, il a monté et joué Les Fantasmes de demoiselles qui marquent ses retrouvailles avec le poète René de Obaldia.