Vincent Gomez
Voilà maintenant 20 ans que le voyage dans les méandres du cirque a commencé pour moi. Au cœur d’une question centrale : cirque traditionnel ou cirque contemporain, moderne, actuel, d’aujourd’hui… évolution ou révolution ? Pour ma part, je pense que l’acte de cirque est et restera toujours le même. Les pourquoi et les comment sont simplement en lien avec l’évolution de notre quotidien mais ne change rien à l’acte fondamental « cirque », c’est d’ailleurs ce qui fait que cet art reste un art populaire, basé sur la sensation et l’émotion. Le trouble de l’influence est donc devenu un questionnement nécessaire dans mon chemin artistique. Alors : Influencé, influenceur ? Quel est notre rapport à l’influence ? Consciente / inconsciente ; Volontaire / involontaire. Quelles conséquences pour l’individu et pour un mouvement artistique ? L’influence est toujours présente. Quand elle n’a pas d’affiliation directe on imagine que c’est pour ne pas ressembler à … Mais finalement le sujet masqué a influencé le résultat du simple fait de ne pas vouloir lui ressembler. Un œuf, une poule, œuf, poule … Qui suis-je ? Circassien ? Danseur ? Ou tout simplement une personne en mouvement, une âme guidée par le jeu de l’impossible physique et la liberté intellectuelle (spirituelle) ? L’histoire d’un homme racontée à travers son corps. Sa vie, ses rencontres, son évolution et le parallèle avec la vie en général, l’histoire et les évolutions qui en découlent. Toute une histoire de temps qui passe… C’est donc un voyage intime dans l’histoire du mouvement (esprit / corps) : danse classique, danse contemporaine et cirque traditionnel, cirque actuel, mais ce voyage n’est pas linéaire et plein de surprises. Il est fait de multiples va-et-vient entre toute les possibilités, d’où le thème de base : l’influence…. Je me dis souvent que c’est de toute façon notre esprit qui guide notre corps, le premier mouvement est toujours celui de la pensée ensuite seulement vient celui du corps. Dans une atmosphère tamisée, laissons-nous aller dans une spirale de liberté. Je vais essayer de me raconter…
Reno Daniaud
Musicien, multi-instrumentiste, il joue et crée pour le spectacle vivant depuis 20 ans maintenant. Il a croisé l’univers du cirque contemporain avec la création du collectif SipeuCirque à Strasbourg en 1998, avec lequel il a collaboré en tant que musicien-acrobate sur toutes les créations. Parallèlement, le théâtre, la danse et la rue ont été également des domaines d’expression et de rencontre à travers différents projets artistiques, et pour des spectacles joués en France comme à l’étranger (compagnie du 13ème Quai, compagnie Unique, compagnie Malabar, compagnie O Ultimo Momento, compagnie AOC, compagnie Hors Pistes, Ecole de Rosny,…). Aujourd’hui, et après une pause dédiée à la musique classique indienne, il renoue avec la création musicale pour le spectacle avec la compagnie Hors Pistes notamment, et y intègre une approche de la composition nouvelle, basée sur l’apprentissage et les techniques reçues récemment comme le travail d’improvisation, la musique modale, les cycles rythmiques… Les formes d’expression sont multiples pour se mettre au service d’un projet artistique, et imaginer les paysages sonores, soutien subtil ou base solide pour les artistes en scène. Son univers, son imaginaire musical, reflètent à la fois la richesse des musiques traditionnelles, berceau de toutes les musiques, et un matériau plus contemporain, mélange singulier toujours au service de la musicalité. Avec cette nouvelle création avec Hors Pistes, c’est encore une nouvelle étape et un questionnement évident sur l’acte de créer, encore une fois, une forme artistique, pertinente, juste, sans prétention, et suffisamment consciente du sens du spectacle aujourd’hui… Ouvrir cet espace intérieur pour mieux regarder le monde tel que nous l’avons créé et tel que nous aimerions le voir demain. Musicien de cirque, enchanteur, performeur. Jouer, chanter, parler, s’adresser au public. Lui demander ce qu’il vient chercher ici, dans une salle de spectacle et lui donner ce qu’il veut…ou le renvoyer dans sa réalité, son monde…et l’inviter de nouveau, ailleurs. Le remuer, d’une façon ou d’une autre. L’exploit musical est de mise aussi, grâce à la technique et à la pratique, mais surtout avec le désir de re(créer), encore ! Ces instants de surprise et de grâce partagés. Malaxer les sens et réveiller les cœurs. « Je suis ce que je suis »
[COLUMN]
Laurent Pareti
Depuis 20 ans que je fais le métier d’artiste de cirque, dont 15 au sein de 2 compagnies collectives reconnues (Anomalie puis Le Cirque Désaccordé) où l’individu était toujours au service du groupe, j’éprouve maintenant le besoin de faire une introspection de mon parcours artistique personnel. A travers de multiples expériences du côté de l’acrobatie, de la musique, du théâtre, du spectacle de rue, je n’ai cessé de pratiquer et de développer une discipline qui m’a fait aimer le cirque : la jonglerie. Et si j’ai décidé maintenant de créer, d’imaginer un solo, c’est pour parler de cette passion qui ne m’a pas quitté depuis 30 ans que je jongle. Pour essayer de savoir ce qui me pousse tous les jours à prendre des objets et les lancer en l’air, les rattraper, inlassablement, à faire et refaire encore la même pirouette depuis 20 ans en ayant la sensation (toujours) que le geste parfait n’est pas encore atteint. Ce quotidien du jongleur entraîné dans la quête du geste parfait, dans la quête du beau, de l‘esthétisme absolu, du dessin magistral que les objets exécutent dans l’air, ce quotidien-là laisse une trace, imprime le corps et l’esprit du jongleur. J’ai envie de donner à voir cette trace comme une marque, une signature indélébile. Sans artifices ni poncifs contemporains, je veux rendre hommage à cette discipline et à tous ceux qui l’ont fait grandir depuis des siècles, pour la montrer dans sa beauté la plus noble.