Kader Attou, chorégraphe
Du collectif d’artistes des débuts à l’émergence de chorégraphes singuliers, le travail de Kader Attou se caractérise par une grande ouverture : ouverture au monde grâce à des voyages conçus comme autant de moments de partage, ouverture vers d’autres formes artistiques, vers d’autres courants. Dès 1989, dans la fièvre de la découverte de la breakdance et avec les premiers spectacles d’Accrorap, naît le désir d’approfondir la question du sens et de développer une démarche artistique. Athina, en 1994, marque les grands débuts d’Accrorap sur la scène de la Biennale de la danse de Lyon. Parmi ses nombreuses pièces chorégraphiques, on peut citer : Anokha (2000), au croisement du hip-hop et de la danse indienne, de l’Orient et de l’Occident – Pourquoi pas (2002), pièce qui aborde un univers fait de poésie et de légèreté, composée de saynètes où se côtoient performance, émotion et musicalité. Les corps étrangers (2006), projet international – France, Inde, Brésil, Algérie, Côte d’Ivoire – évoque la condition humaine et cherche les points de rencontres possibles entre cultures et esthétiques, pour construire avec la danse un espace de dialogue qui puisse questionner l’avenir – Petites histoires.com (2008) obtient un succès critique et public et raconte une France populaire, avec de la simplicité, de la légèreté, tout en gardant un propos engagé et sensible. En 2008, Kader Attou est nommé directeur du Centre chorégraphique national de La Rochelle/Poitou-Charentes, devenant ainsi le premier chorégraphe hip-hop nommé à la tête d’une telle institution. En 2013, Kader Attou revient aux sources du hip-hop et à ses premières sensations : The Roots est une aventure humaine est un voyage, un grand plongeon dans son univers poétique. Onze danseurs hip-hop d’excellence en sont les interprètes, formant ainsi un groupe en totale symbiose. Créée en août 2014, Un break à Mozart, née de la rencontre du CCN de La Rochelle et de l’Orchestre des Champs-Élysées, se pose en véritable dialogue entre danse d’aujourd’hui et musique des Lumières avec comme oeuvre musicale directrice : Le Requiem de Mozart. En septembre 2014 à l’occasion de la Biennale de la danse de Lyon, Kader Attou crée OPUS 14 pour seize danseurs, hommes et femmes, qui allient puissance, altérité, engagement, poétique des corps en une pièce fondamentalement hip-hop. La Cie Accrorap est l’histoire d’une aventure internationale. La notion de rencontre est au centre de la démarche de la compagnie, et les voyages (Palestine, Algérie, Brésil, Cuba, Inde, etc.) alimentent la réflexion.
[COLUMN]
Mourad Merzouki, chorégraphe
Le chorégraphe Mourad Merzouki, figure du mouvement hip-hop depuis le début des années 1990, inscrit son travail au carrefour de multiples disciplines. Autour de la danse hip-hop explorée dans tous ses styles, se greffent le cirque, les arts martiaux, les arts plastiques, la vidéo et la musique live. Sans perdre de vue les racines du mouvement, ses origines sociales et géographiques, cette confrontation permet d’ouvrir de nouveaux horizons à la danse et dégage des points de vue inédits. Sa formation s’enracine, dès l’âge de 7 ans, dans la pratique des arts martiaux et des arts du cirque à Saint-Priest, dans l’Est lyonnais. À 15 ans, sa rencontre avec la culture hip-hop l’emmène vers le monde de la danse. Il s’attaque à la chorégraphie et crée ainsi sa première compagnie Accrorap en 1989, avec Kader Attou, Éric Mezino et Chaouki Saïd. En 1994, la compagnie présente Athina lors de la Biennale de la danse de Lyon, un véritable succès qui réussit à transposer la danse hip-hop de la rue à la scène. Pour développer son propre univers artistique lié à son histoire et à sa sensibilité, Mourad Merzouki décide de fonder en 1996 sa propre compagnie, qui prend le nom de sa pièce inaugurale : Käfig signifie « cage » en arabe et en allemand. Ce choix indique le parti pris d’ouverture du chorégraphe et son refus de s’enfermer dans un style. De 1996 à 2006, Mourad Merzouki créé quatorze pièces, dont la diffusion ne cesse s’élargir. À partir de janvier 2006, il imagine et conçoit un nouveau lieu de création et de développement chorégraphique qui met en oeuvre un nouveau rendez-vous pour la danse hip-hop avec le Festival Karavel : le centre chorégraphique Pôle Pik ouvre ses portes à Bron en 2009. En juin 2009, Mourad Merzouki est nommé à la direction du Centre chorégraphique national de Créteil et du Val-de-Marne. Il y développe un projet intitulé « La danse, une fenêtre sur le monde », dont l’ouverture est le maître mot. Il continue, à côté de la création et de la diffusion de ses spectacles, un travail de formation et de sensibilisation à la danse hip-hop, en créant des rencontres originales favorisant l’accès à l’art chorégraphique et le soutien aux équipes indépendantes. En 2013, il crée le Festival Kalypso, offrant ainsi un nouvel espace de visibilité aux compagnies de danse hip-hop sur le territoire francilien.