J’ai beaucoup écrit sur les femmes en m’inspirant de mon histoire familiale. J’ai été élevé dans une société matriarcale italienne. Le Mal de Mère (Théâtre de La Madeleine et théâtre du Palais Royal), Le Ciel est Egoïste (Théâtre du Palais Royal), La Belle Mémoire (Théâtre Hébertot), racontent des destins de femmes exceptionnelles, des femmes de premier plan.
Mais tant d’autres ont été une vraie source d’inspiration et de bonheur !
Depuis des années, je tiens un petit répertoire où je note tous ces instantanés, tous ces moments délicieux partagés avec ces femmes. Aujourd’hui, mon carnet est plein et elles me demandent toutes de les raconter ou plutôt de les conter.
Alors, j’ai pris pour ce spectacle, la forme théâtrale du récit, de l’autofiction monologuée.
C’est un retour aux origines car j’ai commencé ma vie d’auteur avec des monologues : Haut comme la table, Les contes d’un lycéen, La Comédie Imaginaire.
J’ai rouvert mon carnet et elles sont toutes apparues, bien présentes, bien vivantes, belles. Aucune d’elles n’a voulu s’imposer, n’a voulu tirer la couverture. Elles sont toutes respectueuses les unes des autres.
Dans ce texte, il n’y a pas d’ordre chronologique d’apparitions. Elles apparaissent quand bon leur semble. Un mot, une
sensation, une odeur les font surgir.
Vous rencontrerez Antoinette, la dame de service de la cantine qui me donnait du rab de frites. Vous découvrirez l’instant d’après, Madame Pépin, ma première psychanalyste avec son chien Sigmund et puis rentrera en scène,
Framboise, l’initiatrice aux plaisirs des sens …
Elles n’ont pas toutes un nom. Elles sont parfois sensations.
Des voix familières me charmeront. Vous entendrez la voix de Françoise Seigner, la grande comédienne de Molière, la voix de Cécilia Bartoli, …
Des mains aussi apparaîtront, des femmes aux mains ouvertes, généreuses : couturière, épicière, sage-femme…
Et puis il y a les mots, les mots de ces femmes. Des mots qui m’ont souvent rassuré, rasséréné. Elles nous livreront leurs mensonges mais des mensonges qui font du bien, qui aident à grandir.
En fait, Battements d’Elles est un récit impressionniste où, par touches, je raconte ma part féminine (comme diraient les psy), où j’évoque ma nostalgie mais une nostalgie heureuse.
Au fil des séquences écrites, j’ai eu l’impression que toutes ces femmes s’envolaient de mon carnet et allaient rejoindre la lumière. (Peut-être celle des projecteurs).
Ce sont tous ces «battements d’elles» que je vais vous conter.
Elles ont hâte… Moi aussi !
NB. J’ai demandé à Julie Carcuac, de mettre en scène cette belle volière. Elle saura nous porter sur le rivage des femmes.
Les metteuses en scène possèdent une garde robes émotionnelle plus riche que leurs homologues masculins.
Pierre-Olivier Scotto
Le texte de Pierre-Olivier Scotto est écrit comme un puzzle, le personnage masculin étant le socle accueillant toutes ces « Elles ». La mise en scène doit être simple, permettant une lecture imaginaire au spectateur.
J’ai travaillé sur ce spectacle comme sur un conte ; certaines «Elles» sont des princesses, d’autres des sorcières, des bonnes fées. Leur point commun est le rôle qu’il croit qu’elles ont joué dans sa vie. Ces femmes doivent être universelles, le spectateur doit pouvoir les voir non seulement en tant que personnes mais aussi à travers son regard à lui, «Petit Homme».
Le rêve et l’imagination sont matérialisés par une liseuse, sorte de cabane d’enfant, qui deviendra tour à tour canapé, lit, bureau de professeur …
Un mannequin de vitrine, sur lequel les accessoires des ces femmes sont posés, représente le reflet, l’ombre de «Petit Homme».
Elles sont lui, il deviendra elles, il deviendra lui.
Les contes ont souvent été écrits pour moraliser les enfants. Ce conte, sans morale mais plein d’humour, existe pour nous rappeler qui nous sommes et combien les autres nous ont construits.
«Petit Homme» croit savoir d’où il vient, Elles lui rappellent comment il est devenu « Grand Il », et combien un battement d’Elles nous aide à grandir.
Julie Carcac