• Saison 2015-2016
Salle Aéroplane
1h
Dès 15 ans

Chorégraphie Maria Clara Villa Lobos

Âmes sensibles s’abstenir ! Maria Clara Villa Lobos ne fait pas dans la périphrase. Quand elle a quelque chose à dire, elle ne prend pas de détour.

M, XL et XXL donnaient déjà le ton. Cette fois, elle invoque les esprits de Nijinski et de Stravinsky, dont Le Sacre du Printemps fut qualifié de « massacre » en son temps, pour dénoncer celui des animaux victimes de l’élevage industriel. Lancers de poulets et cris des cochons égorgés par de gentils clowns sosies de Ronald McDonald rythment, sur fond de vidéos documentaires, l’évolution des danseurs. « Histoire de réduire les frais de production », ceux-ci incarnent à la fois les employés d’une usine à viande, les machines et les gallinacés qu’ils décortiquent allègrement. L’écriture chorégraphique, sans fioritures, va droit au but et la danse n’en est que plus belle. C’est cru, drôle, intelligent et terriblement efficace.

Chorégraphie Maria Clara Villa Lobos

Avec Barthélémy Manias, Coral Ortega, Jo Heyvaert, Clément Thirion
Scénographie, costumes Frédérique de Montblanc
Musique Igor Stravinsky
Analyse musicale et rythme Michel Debrulle
Montage sonore Gaetan Bulourde
Vidéo Lucas Racasse assisté de Robin Yerlès

Le dispositif, la vidéo

La scénographie imaginée par Frédérique De Montblanc, composée de rideaux de lamelles plastiques, évoque l’univers des usines et de l’industrie alimentaire, tandis que la vidéo, créée par Lucas Racasse, devient ici décor vivant, plongeant le spectateur au cœur de l’univers de l’élevage et de l’abattage industriels. Etre confronté à ces images crues et réalistes, nous amène en tant que spectateur à découvrir la face « cachée » de cette industrie qui cultive le déni et la désinformation des consommateurs. Dans la deuxième partie du spectacle, l’image occupe une place différente, plus plastique, moins réaliste. Elle devient ici la nature morte d’une peinture flamande, par le biais d’une caméra, qui filme en direct, la manipulation par les danseurs d’un poulet entier mort. La présence sur scène de vrais poulets destinés à la consommation nous invite à « débanaliser » le regard que nous portons sur eux. En observant de près l’anatomie d’un poulet, le spectateur est confronté à la ressemblance qu’il peut avoir avec le corps humain. A l’instar de la musique de Stravinsky qui regorge de rebondissements et de surprises, l’image devient ensuite le décor édulcoré d’un dessin animé façon « Les aventures de Ronald Mac Donald », série de films ayant pour protagoniste le clown emblématique de la fameuse multinationale du fast-food, créant des atmosphères contrastées qui déclinent les thèmes du rituel, de la violence et du sacrifice, présents dans le ballet original.

XL Production

Basée à Bruxelles en Belgique depuis 2000, et menée par Maria Clara Villa Lobos, XL Production a produit une dizaine de spectacles depuis sa fondation. Tout a commencé en 2000, lorsque Maria Clara Villa Lobos crée le spectacle XL, because size does matter à Bruxelles. Celui-ci inspirera le nom de la compagnie qu’elle fonde pour répondre aux propositions et offres qui ont suivi la création de ce spectacle emblématique. A partir de cette notion « de mesures », elle se lance dans une série de spectacles qui aborde la « démesure » de la société de consommation en pointant, non sans humour, ses dérives et travers. De manière générale, ce qui caractérise le travail artistique de XL Production est une approche décloisonnée de la danse, ludique et hybride, mêlant parfois la vidéo, le texte, le chant ou les arts plastiques, résultant dans un travail visuel, qui traite autant de questions de société que d’aspects plus abstraits et poétiques de l’existence, comme le témoigne la pièce jeune public Têtes à Têtes.

Maria Clara Villa Lobos

Danseuse et chorégraphe d’origine brésilienne, établie en Belgique depuis 1995, Maria Clara Villa Lobos a vécu et étudié dans différents pays dès l’âge de trois ans, grâce à son père diplomate. Polyglotte, c’est pourtant le langage du corps et de la danse qui est sa passion. C’est ainsi qu’elle part, à l’âge de seize ans, vivre à Berlin afin d’y étudier la danse classique et moderne. Son diplôme en main, elle part en Suède, à Stockholm où elle danse avec différents chorégraphes suédois. Suite à une audition, elle part à Bruxelles en 95, pour compléter ses études à P.A.R.T.S., la toute jeune école de danse contemporaine créée par Anne Teresa De Keersmaeker. Elle travaille ensuite avec différents chorégraphes tels que Rui Horta, David Hernandez, Willi Dorner, Les Ballets C. de la B., Sasha Waltz et Thomas Lehmen avant de se lancer dans sa propre création chorégraphique en 2000. Egalement pédagogue, elle est formée depuis 2010 à l’enseignement du yoga Iyengar et enseigne régulièrement le yoga et la danse contemporaine aux enfants à Dancing Kids à Bruxelles.

[COLUMN]

Coral Ortega a travaillé avec la compagnie madrilène 10&10 Danza et avec Olga Mesa, Joanne Leighton, Ted Stoffer parmi beaucoup d’autres. Elle développe son propre travail également.

Barthélémy Manias-Valmont a travaillé avec la compagnie Michèle Noiret et Thierry Niang entre autres. Il collabore avec Maria Clara Villa Lobos depuis 2009 et joue dans le spectacle jeune public Têtes à Têtes créé par cette même chorégraphe, actuellement en tournée.

Alberto Velasco est comédien et danseur hors normes. Il collabore avec « La Pazera teatro », ainsi qu’avec divers chorégraphes. Il travaille également pour la télévision en tant que comédien et développe son propre travail théâtral.

Clément Thirion. Diplômé du Conservatoire de Mons, il travaille avec des metteurs en scène aux esthétiques contrastées dont, pour les plus récents, Galin Stoev et Jean- Michel d’Hoop. Attiré par la danse, il fonde la Kosmocompany en 2011, avec la création du projet The Blast Dance. 2013 voit naître son premier spectacle, [Weltanschawung], suite à une résidence à L’L (lieu de recherche et d’accompagnement pour la jeune création) ainsi que l’ébauche d’un futur projet chorégraphique d’envergure : Fractal.

Mas-Sacre. Prenez, d’un côté, la musique frénétique du Sacre du printemps, de Stravinsky, et, de l’autre, le massacre industrialisé dont sont victimes poulets et cochons. Mélangez, secouez, cela donne un court spectacle (une heure), cru, cruel, gore, halluciné, qui époustoufle. Théâtre ou danse? Peu importe: nous sommes dans un abattoir, des cadavres de poulets voltigent entre les mains de trois danseurs et d’une danseuse, imaginez Les temps modernes, de Charlot, revisités, vous y êtes. Bientôt, à la dénonciation du traitement que nous faisons subir aux animaux vient se joindre une interrogation sur la chair, celle des humains, sa mise à nu, son étrangeté, son animalité, ne sommes-nous pas viande, nous aussi? Il y a du sang, des cris bouleversants de bêtes qu’on va tuer, un cochon qu’égorgent des clowns tout droit sortis de chez McDo, le tout sur fond de vidéos documentaires. La chorégraphe Maria Clara Villa Lobos a réussi là quelque chose de fascinant, à la fois politique, méchamment drôle et très beau. Et le tout sans un mot.
Le Canard Enchainé – Jean-Luc Porquet, juillet 2014

[…] Un régal de subversion et de modernité….Mas-Sacre porte la folie et l’originalité de la « belgitude » en elle… […] Une tuerie !
Zibeline, juillet 2014

[…] Maria Clara Villa Lobos fait fort, très fort, tranchant dans le lard de l’industrie alimentaire avec une pièce volontiers provocante.
Le Soir

Pertinentes, dérangeantes, les questions que soulève Mas-Sacre confirment Maria Clara Villa Lobos dans sa position, plutôt rare, de chorégraphe cultivant dans son art, un regard critique sur la société.
La Libre Blegique

Coproduction Maria Clara Villa Lobos / XL
Production & Théâtre Les Tanneurs.
Avec l’aide de la Fédération Wallonie-Bruxelles, service de la danse.
Avec le soutien du Centre culturel de Huy et du Grand Studio. Maria Clara Villa Lobos / XL Production est artiste en résidence au Théâtre Les Tanneurs.