Direction artistique Anthony Égéa
Avec Émilie Schram
Création musicale Tedd Zahmal
Création lumières Florent Blanchon
Production Cie Rêvolution. Coproductions Office artistique de la région Nouvelle-Aquitaine, CCN – Ballet de Biarritz – scène nationale / Bayonne, Initiatives d’artistes en danses urbaines (Fondation de France – Parc de la Villette – Fonds social européen), Théâtre de Chelles. Partenaires Conseil départemental des Landes, Conseil régional Nouvelle-Aquitaine, Conseil départemental de Gironde, DRAC Aquitaine. Avec le soutien de Glob théâtre / Bordeaux, Théâtre de Corbeil Essonnes, ville de Parempuyre, association Garazikus / Saint-Jean-Pied-de-Port, Communauté de communes du Piémont Oloronais, Théâtre de Bressuire, CND à Pantin, IDDAC – Institut départemental de développement artistique et culturel en Gironde.
Présentation
Au son des talons hauts – ceux qui ont vu le film L’Homme qui aimait les femmes comprendront – avant même la silhouette moulée, à contre-jour, la figure est posée. Féminine jusqu’aux clichés, Émilie Sudre est venue en découdre. Marche de torero autour du tapis blanc, cambrée, regards de défi au public. Il faut, par parenthèse, imaginer ce qu’est alors l’arène d’une salle pleine de hip hopeurs survoltés et venus le spectacle des virtuoses s’affrontant… et l’aplomb nécessaire pour être comme Émilie, là. Elle se jette d’un coup sur le rectangle, comme un tatami, et enchaîne les variations du hip hop avec une lenteur qui témoigne d’une maîtrise impressionnante. Du haut des hauts talons la gestuelle de rue devient comme une calligraphie, une épure de funambule. Encore plus fort, elle enlève une chaussure… On imagine très bien que cet étalage de virtuosité ait fait taire bien des relents de machisme. C’était le but. À force de se prendre les bras dans sa robe moulante, la voilà femme voilée sur un air oriental. Et la gestuelle hip hop dans cet appareil devient manifeste pour une émancipation. Puis elle en arrive là, de dos, à moitié nue. Elle danse encore, avec une pudeur délicieuse, cachant le plus que la danse le permet,ses seins. La scène est d’une grande beauté, mais la démonstration est faite et il n’y a plus guère à en dire. Et cela s’achève ainsi. Soli 2 est la partie centrale d’un triptyque qu’Anthony Égéa a dévolu à une remise en cause des clichés du hip hop. Devenu autonome, la démonstration que fait Émilie Sudre s’attaque au sexisme souvent dénoncé de ce milieu, mais l’intensité de la présence, le jeu de domination de l’interprète sur le public et qui évoque la tauromachie, dépasse largement l’objectif initial. C’est aussi la Femme jouant de son attrait comme une arme, de sa séduction comme d’un pouvoir, qu’exprime ce solo. Si parfois, cela évoque Matador d’Almodovar, cela explique aussi pourquoi – et le passage dans le solo n’en est que plus important – dans certaines cultures dont sont issus certains membres de la culture hip hop, la femme est contrainte, abaissée et voilée.
Philippe Verrièle,
juillet 2007
Danseur hip hop depuis le début des années 80, passé par l’Ecole de Rosella Hightower et la danse classique, à Cannes, puis par le Dance Theater d’Alvin Ailey à New-York, Anthony Egéa possède un parcours unique et d’une richesse rare. À la tête de sa compagnie Rêvolution depuis1991, il collabore avec le Ballet de l’Opéra de Bordeaux et dirige depuis 2002 le Centre de Formation Professionnelle pour interprètes hip hop. Son écriture fait rivaliser spontanéité et précision, invention et références tout en ouvrant sur de nouveaux territoires esthétiques.