• Saison 2022-2023
Salle Jean Vilar
1h40
Dès 10 ans

Une reprise de la création théâtrale de Joël Pommerat

À la mort de sa mère, une jeune femme se promet de ne jamais cesser de penser à elle plus de cinq minutes. S’engage alors un combat contre elle-même pour contrôler le temps et ses pensées.

Les contes ne sont pas nécessairement pour les enfants : et d’ailleurs, ici, tout part d’une mort, celle de la mère de Cendrillon. Joël Pommerat, auteur et metteur en scène célébré pour ses productions épurées tout à la fois mystérieuses, émouvantes et drôles où la lumière surgit toujours du noir le plus profond, reprend ce spectacle de 2011 pour parler du deuil, du désir de vivre, du pouvoir de l’imagination et des mensonges des adultes.

Avec humour et délicatesse, il fait retomber les adultes dans les questions graves de l’enfance. La mère de Cendrillon le lui avait pourtant bien dit : « N’oublie jamais, si tu penses à moi, fais-le toujours avec le sourire »…

La presse en parle
  • « Si Cendrillon est une splendeur qui nous parle du deuil et de l’apprentissage de la vie, c’st justement parce qu’il détourne tous les clichés du merveilleux traditionnel, lesté d’une bonne dose de mièvrerie. De la magie, pourtant il y en a, dans ce spectacle d’une beauté sidérante : une magie purement théâtrale qui ne triche pas avec la vie. »

  • « Expert en relecture des contes, le metteur en scène réussit une adaptation virtuose de l’histoire de Perrault et des frères Grimm. »

  • « Certain que l’oeuvre de Pommerat aurait beaucoup plu à Bruno Bettelheim, l’auteur de Psychanalyse des contes de fées. Plus qu’un dramaturge, Joël Pommerat est un fin psychologue et un formidable conteur. »

Avec Alfredo Cañavate le père de la très jeune fille, Noémie Carcaud la fée, la sœur, Caroline Donnelly la seconde sœur, le prince, Catherine Mestoussis la belle-mère, Léa Millet la très jeune fille, Damien Ricau le narrateur, Marcella Carrara la voix du narrateur, Julien Desmet
Le rôle de la très jeune fille a été créé par Déborah Rouach

Scénographie et lumière Éric Soyer, Assistant lumière Gwendal Malard, Costumes Isabelle Deffin, Perruques Julie Poulain, Son François Leymarie, Création musicale Antonin Leymarie, Vidéo Renaud Rubiano, Collaborateur artistique Philippe Carbonneaux, Assistant mise en scène à la création Pierre-Yves Le Borgne, Assistanat à la mise en scène en tournée Ruth Olaizola, Recherches documentation Évelyne Pommerat, Marie Piemontese, Miele Charmel, Réalisation décor et costumes Ateliers du Théâtre National, Construction Dominique Pierre, Pierre Jardon, Laurent Notte, Yves Philippaerts Décoration Stéphanie Denoiseux, Direction technique Emmanuel Abate, Régie plateau Damien Ricau, Julien Desmet, Régie lumière Jean-Pierre Michel, Régie son Antoine Bourgain, Régie vidéo Nadir Bouassria, Habillage Lise Crétiaux

 

Production (2011) Théâtre National Wallonie-Bruxelles. Coproduction La Monnaie / De Munt. En collaboration avec la Compagnie Louis Brouillard. Production (2022) Compagnie Louis Brouillard. Coproduction Théâtre de la Porte Saint-Martin, La Comète – Scène nationale de Châlons-en-Champagne, La Coursive – Scène nationale de La Rochelle, Le Méta – Centre dramatique national de Poitiers Nouvelle-Aquitaine. En collaboration avec le Théâtre National Wallonie-Bruxelles. La Compagnie Louis Brouillard reçoit le soutien du Ministère de la Culture – DRAC Île-de-France et de la Région Île-de-France. Joël Pommerat et la Compagnie Louis Brouillard sont associés à Nanterre-Amandiers, à la Coursive – Scène nationale de La Rochelle, à la Comédie de Genève et au TNP – Théâtre National Populaire de Villeurbanne. Les textes de Joël Pommerat sont édités chez Actes Sud-Papiers.
Remerciements à Agnès Berthon et Gilles Rico. La Compagnie Louis Brouillard tient à saluer la mémoire de Nicolas Nore qui a assuré la régie générale et le rôle du narrateur depuis la création. Nicolas nous a quittés en 2018.

Propos recueillis par Christian Longchamp pour le Théâtre de la Monnaie à Bruxelles (2011)

Cendrillon, tout comme Pinocchio et Le Petit Chaperon rouge il y a quelques années, sont des créations théâtrales destinées autant aux enfants qu’aux adultes. Comme auteur, cela vous demande-t-il un travail d’écriture particulier, différent de celui que vous déployez dans vos autres pièces ?

Non. J’essaie même de radicaliser certains de mes partis pris. En tous cas de répondre aux mêmes principes d’écriture que pour mes autres spectacles. Par exemple, je cherche à suggérer autant qu’à préciser mon propos et mes intentions. J’essaie de trouver un équilibre entre des lignes clairement identifiables et des zones de suggestion, des choses moins exprimées. Ce jeu entre dit et non-dit, j’essaie de le développer tout autant dans mon travail pour les enfants que dans mes autres créations.

Qu’est-ce qui vous attire dans l’univers des contes ? En avez-vous été, enfant, un grand lecteur ? Quel souvenir en gardez-vous ?

J’en lisais beaucoup. Des histoires qui conjuguent récits de vérité et imaginaire, fantastique. Il existait notamment une collection de plus d’une dizaine de volumes qui s’appelait Contes et légendes populaires de…. – elle couvrait toutes les régions françaises, mais aussi les pays et les cultures du monde entier. Je les ai empruntés quasiment tous à la bibliothèque de mon collège. S’il m’arrive d’écrire à partir de contes aujourd’hui, c’est parce que je suis certain que ces histoires vont toucher les enfants bien sûr, mais qu’elles vont me toucher également moi en tant qu’adulte. Ces histoires, ce qu’on appelle aujourd’hui des contes, ne sont pas destinés à l’origine aux enfants, Le Petit Chaperon rouge et Cendrillon (Pinocchio est à part, ce n’est pas un conte traditionnel) sont des histoires qui à l’origine ne s’adressent pas aux enfants, et ne sont pas du tout « enfantines », si on ne les traite pas de façon simplifiée ou édulcorée. Les rapports entre les personnages peuvent être violents et produisent dans l’imaginaire des émotions qui ne sont pas du tout légères. Ce sont des émotions qui ne concernent pas seulement les enfants.

Dans le Cendrillon des Grimm, il y a une violence, une méchanceté, une noirceur, une perversité, une douleur que nous ne trouvons pas chez Perrault. Les deux sœurs de Cendrillon notamment vont jusqu’à s’amputer, d’un orteil pour l’une, d’un talon pour l’autre, afin de faire entrer leur pied dans la fameuse chaussure fabuleuse et d’épouser le prince. Il y a du sang, du mensonge, de l’opportunisme, des larmes. Et l’on peut, par ailleurs, associer la cendre dans laquelle couche Cendrillon avant sa métamorphose lumineuse à la destruction, à la crémation, à l’ordure. Qu’est-ce qui vous intéresse, qu’allez-vous chercher dans la figure et l’histoire de Cendrillon ?

Je me suis intéressé particulièrement à cette histoire quand je me suis rendu compte que tout partait du deuil, de la mort (la mort de la mère de Cendrillon). À partir de ce moment, j’ai compris des choses qui m’échappaient complètement auparavant. J’avais en mémoire des traces de Cendrillon version Perrault ou du film de Walt Disney qui en est issu : une Cendrillon beaucoup plus moderne, beaucoup moins violente, et assez morale d’un point de vue chrétien. C’est la question de la mort qui m’a donné envie de raconter cette histoire, non pas pour effaroucher les enfants, mais parce que je trouvais que cet angle de vue éclairait les choses d’une nouvelle lumière. Pas seulement une histoire d’ascension sociale conditionnée par une bonne moralité qui fait triompher de toutes les épreuves ou une histoire d’amour idéalisée. Mais plutôt une histoire qui parle du désir au sens large : le désir de vie, opposé à son absence. C’est peut-être aussi parce que comme enfant j’aurais aimé qu’on me parle de la mort qu’aujourd’hui je trouve intéressant d’essayer d’en parler aux enfants.

Ne peut-on pas considérer d’une certaine manière tous vos spectacles comme des contes où, très souvent, la famille, les relations complexes, difficiles, régulièrement malheureuses entre parents et enfants, entre frères et sœurs sont essentielles ? Pour quelles raisons les relations au sein d’une famille vous intéressent-elles à ce point ?

Tout d’abord, il faudrait s’entendre sur ce qu’on appelle un conte. Je ne le sais pas vraiment moi-même. Peut-être entend-on une histoire ou plutôt un récit, qui se donne comme authentique, réel et qui évidemment ne l’est pas, et qui se développe avec des termes relativement simples et épurés, des actions qui ne sont pas expliquées psychologiquement. Des faits sont relatés mais ne sont pas expliqués ou justifiés. D’une certaine façon, les contes relèvent d’un parti pris d’écriture que j’ai adopté depuis longtemps, qui consiste à chercher à décrire des faits fictionnels comme s’ils étaient réels. En cherchant une forme de description la plus simple et la plus directe possible. Comme le conte décrit des relations humaines fondamentales, il ne peut pas échapper à la famille. C’est le premier système social. Comme auteur, avant de m’ouvrir et de m’interroger sur la société entière, j’ai eu besoin d’observer cette petite structure sociale qu’est la famille. Dans les contes, si la famille est si présente, c’est bien parce que tout part de là, que toute destinée humaine y prend sa source. C’est donc important d’y être présent, d’y aller voir, lorsqu’on veut comprendre ou bien raconter l’humanité, d’un point de vue politique par exemple.

Vous avez eu l’occasion de dire que vous cherchiez le réel, que le théâtre est pour vous le moyen de dire quelque chose d’actuel et brûlant sur la condition humaine et sur le monde, que vos fictions cherchent à révéler de la présence, du mystère et du concret. Vous avez employé la belle expression de « réalité fantôme » pour définir l’atmosphère si particulière que vous cherchez à créer dans vos spectacles. Est-ce que vous « voyez » vos spectacles lorsque vous écrivez vos textes ?

J’ai des premières sensations ou images qui se confrontent ensuite à la réalité et sont donc amenées à se modifier. C’est au cours de la phase de travail concrète (entre 3 et 4 mois en moyenne) avec les comédiens et tous ceux qui collaborent avec moi, principalement Éric Soyer à la lumière et à la scénographie, Isabelle Deffin aux costumes, François et Grégoire Leymarie au son, que je découvre que certaines choses sont difficilement réalisables ou trop complexes. Je fais alors des compromis par rapport à ces images initiales qui, pour certaines, se désagrègent d’elles-mêmes. Mais les images fondatrices d’un projet doivent demeurer lors de toutes les phases de sa réalisation. Il y a évidemment un long work in progress qui mène de la rêverie initiale au spectacle, au cours duquel, en fonction de différentes circonstances, le projet évolue, mais il doit y avoir une fidélité extrême à quelque chose qui s’est imposé au tout premier moment du projet, lorsqu’il est né dans mon esprit, encore flou ou abstrait. J’ai appris à respecter ces moments fondateurs en ne les perdant jamais de vue, quoi qu’il arrive.

Comment travaillez-vous avec Éric Soyer qui réalise les lumières et les décors de tous vos spectacles ?

Avec Éric, j’ai développé une façon de travailler qui n’est pas, disons, traditionnelle. Éric occupe la fonction double de scénographe et d’éclairagiste. Ce qui est très significatif puisque dans mes spectacles, je crois qu’il y a une fusion totale entre ces deux domaines. Les scénographies de nos spectacles sont des espaces vides, comme des coquilles vides, c’est la lumière qui crée ou plus exactement révèle des espaces. Entre Éric et moi, il n’y a pas le rapport classique du metteur en scène et du scénographe. Je n’écris pas de texte préalablement. Je n’ai jamais pu donner à un scénographe un texte à lire et attendre qu’il me fasse ses propositions. D’ailleurs, je ne pourrais pas fonctionner comme ça. La scénographie, c’est-à-dire l’espace dans lequel une fiction va pouvoir se déployer, appartient chez moi intégralement au domaine de l’écriture. Ce n’est pas annexe. L’espace de la représentation, celui dans lequel les figures ou personnages vont évoluer ou vivre, c’est la page blanche au commencement d’un projet. Depuis que j’ai commencé à faire des spectacles (au début des années 1990), je me suis toujours défini comme « écrivant des spectacles » et non pas comme « écrivant des textes ». En tant que qu’écrivain de spectacles, j’ai toujours commencé par définir (et j’y tiens) pragmatiquement des grands principes de scénographie. Principes assez simples fondés sur le modèle de la boîte noire. Ce modèle permet de recréer, dans des architectures théâtrales très marquées (le Théâtre de la Main d’Or au début, le Théâtre Paris-Villette ensuite), des espaces neutres au sens d’ouverts, propices à la création et à l’imaginaire, des espaces « vides » au sens brookien du terme. À l’intérieur de ces espaces, la lumière occupe évidemment une place prépondérante et centrale. C’est là que la rencontre avec Éric a été tout à fait déterminante pour l’évolution de mon travail. Éric a accepté dès le début de notre collaboration de travailler sur le modèle d’un long et parfois laborieux work in progress. Un travail de répétitions et de création où la lumière est constamment présente et évolue sans cesse, heure après heure, jour après jour (pendant 3 ou 4 mois), jusqu’à faire sens entièrement avec le jeu des acteurs, avec le texte en construction et évidemment avec l’espace scénographique (généralement vide). La lumière ne se « rajoute » pas à la mise en scène et à l’écriture mais elle la constitue, au même titre que tous les autres éléments tels que le son et le mouvement, les corps, les costumes. C’est pendant ces premières séances de travail au début de notre collaboration que nous avons défini notre vocabulaire commun, encore en vigueur aujourd’hui : une lumière qui ne cherche pas à rendre visible, mais qui sait cacher aussi, et qui accorde une grande place à l’imaginaire de l’œil.

Joël Pommerat 
Il est auteur-metteur en scène, et a fondé la Compagnie Louis Brouillard en 1990. Joël Pommerat a la particularité de ne mettre en scène que ses propres textes. Selon lui, il n’y a pas de hiérarchie : la mise en scène et le texte s’élaborent en même temps pendant les répétitions. C’est pour cela qu’il se qualifie d’écrivain de spectacles.
En 1995, il crée Pôles, premier texte artistiquement abouti à ses yeux. En 2004, le Théâtre National de Strasbourg accueille la création de sa pièce Au monde, premier grand succès public et critique de la compagnie. Avec la trilogie Au monde (2004), D’une seule main (2005), Les Marchands (2006), Joël Pommerat ancre plus directement ses pièces dans la réalité contemporaine et l’interrogation de nos représentations. Il aborde le réel dans ses multiples aspects, matériels, concrets et imaginaires.
En 2006, Au monde, Les Marchands et Le Petit Chaperon rouge sont repris au Festival d’Avignon, où Joël Pommerat crée également Je tremble (1 et 2) en 2008. Il poursuit sa réécriture des contes avec Pinocchio en 2008 et Cendrillon en 2011.
En 2010, il présente Cercles/Fictions au Théâtre des Bouffes du Nord dans un dispositif circulaire, qu’il explore à nouveau dans Ma Chambre froide l’année suivante. En 2013, il crée La Réunification des deux Corées, dans un espace bi-frontal où les spectateurs se font face. En 2015, il crée Ça ira (1) Fin de Louis, une fiction vraie inspirée de la Révolution française de 1789.
En 2019, il crée Contes et légendes, une fiction documentaire d’anticipation sur la construction de soi à l’adolescence et le mythe de la créature artificielle.
Depuis 2014, il mène des ateliers à la Maison Centrale d’Arles, avec des détenus de longue peine. Fin 2017, il crée Marius (d’après Marcel Pagnol) en collaboration avec Caroline Guiela Nguyen et Guillaume Lambert. En 2018, il crée également Amours composé de différentes scènes de La Réunification des deux Corées et de Cet Enfant. En 2022, il présente Amours (2) à la Friche la Belle de Mai.
À l’opéra, Joël Pommerat a collaboré avec Oscar Bianchi en adaptant sa pièce Grâce à mes yeux (Thanks to my eyes, Festival d’Aix-en-Provence, 2011). En 2014, il présente Au monde, mis en musique par Philippe Boesmans au Théâtre de la Monnaie à Bruxelles. En septembre 2019, à l’initiative de l’Opéra-Comique il écrit le livret et met en scène L’Inondation, inspiré et adapté de l’œuvre éponyme de Evgueni Zamiatine, sur une création musicale de Francesco Filidei.
Joël Pommerat a reçu de nombreux prix pour son œuvre. Depuis ses débuts, il a été soutenu par de longs partenariats avec le Théâtre Brétigny et le Théâtre Paris-Villette.
À l’invitation de Peter Brook, il a également été artiste en résidence au Théâtre des Bouffes du Nord entre 2007 et 2010. Il a ensuite été artiste associé au Théâtre National Bruxelles-Wallonie ainsi qu’à l’Odéon-Théâtre de l’Europe.
Depuis 2014, il fait partie de l’association d’artistes de Nanterre-Amandiers. La Compagnie Louis Brouillard est également associée à la Coursive – Scène nationale de la Rochelle, à la Comédie de Genève et depuis janvier 2020 au TNP de Villeurbanne.
Joël Pommerat cherche à créer un théâtre visuel, à la fois intime et spectaculaire. Il travaille sur une grande présence des comédiens et le trouble des spectateurs. Il est revenu sur sa démarche artistique dans deux ouvrages : Théâtres en présence (2007) et, avec Joëlle Gayot, Joël Pommerat, troubles (2010).
Les textes de Joël Pommerat sont édités chez Actes Sud-Papiers.