Salle Jean Vilar
Tarif A+
1h15
Dès 8 ans

Chorégraphie Angelin Preljocaj
Avec 12 danseurs du Ballet Preljocaj

Angelin Preljocaj fait résonner son langage chorégraphique avec un joyau de la musique romantique allemande, Le Voyage d’hiver de Schubert. Un sommet de beauté romantique où la danse éclaire un chef-d’œuvre de la musique.

Ce ballet pour douze danseurs est une conversation continue entre le piano, le chant et les corps de danseurs pour donner vie au récit dramatique de la marche vers la mort d’un amoureux éconduit par sa bien- aimée. Les vingt-quatre tableaux font écho aux lieder composés par Franz Schubert à partir des poèmes de Wihelm Müller et donnent avec délicatesse et force les différentes nuances poétiques de la mélancolie. Les partitions chorégraphiques, les costumes et la subtilité de la scénographie, à la fois raffinée et dépouillée, participent à la charge émotionnelle et poétique de ce grand spectacle dansé. Les interprètes livrent avec grâce et virtuosité une marche funèbre sublime sur un plateau entièrement recouvert d’une poudre noire et brillante : un jardin d’hiver. Cette neige sombre et organique fait corps avec les danseurs et appuie le caractère lyrique de la pièce.

Le romantisme transcendé par la modernité et l’élégance du Ballet Preljocaj atteint, avec Winterreise, un sommet de beauté.

La presse en parle
  • « Spectacle total qui nous immerge durant 75 minutes dans un univers spectral flirtant avec la mort sans être mortifère sur une chorégraphie brillante et taillée au cordeau. »

  • « À l’unisson, musiciens, danseurs et spectateurs vibrent  dans la charge émotionnelle d’un voyage intérieur »

  • « Pas de deux, portés, arabesques, il esquisse un poème dansé d’une rare beauté. Jouant des lumières tirant sur le clair-obscur, s’amusant des contre-jours, il emporte ses douze interprètes tous excellents, dans des danses passionnées, fiévreuses. Les couples se font, se défont avec élégance. Les vivants trépassent, les morts sortent de leur torpeur. Tout est chamboulé, bouleversé. Le noir cède le pas à la couleur. Les gestes contrariés se libèrent laissant l’émotion jaillir avec élégance, délicatesse. »

Musique Franz Schubert, Die Winterreise

Scénographie Constance Guisset
Lumières Éric Soyer
Costumes Angelin Preljocaj
Réalisation des costumes Eleonora Peronetti

Baryton basse Thomas Tatzl, Piano-forte James Vaughan

Danseurs à la création Baptiste Coissieu, Leonardo Cremaschi, Isabel García López, Verity Jacobsen, Jordan Kindell, Théa Martin, Emma Perez Sequeda, Simon Ripert, Kevin Seiti, Redi Shtylla, Anna Tatarova, Cecilia Torres Morillo

Assistant, adjoint à la direction artistique Youri Aharon Van den Bosch
Assistante répétitrice Cécile Médour
Choréologue Dany Lévêque

Commande de La Scala de Milan. Production Ballet Preljocaj. Coproduction Festival Montpellier Danse 2019, Les Théâtres – Grand Théâtre de Provence. Résidence de création Les Salins – Scène nationale de Martigues.

Quand avez-vous découvert Winterreise?
J’ai découvert Winterreise il y a plus de dix ans et ce fut une expérience particulière pour moi. J’avais le sentiment de vivre un véritable voyage, physique et surtout sonore, qui aurait pu m’inspirer chorégraphiquement. J’avais envie de me l’approprier car c’est un chef-d’oeuvre, un véritable joyau musical.

Comment est née l’idée de cette création pour le Ballet du Théâtre alla Scala?
Je suis venu plusieurs fois à Milan pour voir la compagnie, tant dans les grands ballets du répertoire classique que dans ceux proposés dans le cycle de musique de chambre. J’ai pensé que ce serait une bonne idée de proposer un de mes travaux pour ce type de programme, conscient de pouvoir créer une relation intime à trois, un triangle magique entre danseurs, musique et public, convaincu que les spectateurs seraient à l’écoute. Je voulais développer une
écriture chorégraphique délicate mais en même temps riche. La version que j’ai choisie est l’originale, composée pour piano et chant. Je pense qu’elle parvient à créer une intimité plus étroite avec la musique par rapport aux autres versions avec orchestre. C’est sur cette base que j’ai proposé Winterreise au directeur du Ballet de la Scala, Frédéric Olivieri, qui en a discuté avec le surintendant, Alexander Pereira. Les deux étaient d’accord et enthousiastes à l’idée de me confier cette création.

Quelle a été votre approche ? Vous êtes-vous laissé inspirer plus par les textes, très poétiques, par la musique ou par les deux?
Je définirais mon approche comme globale, car je n’ai pas analysé les 24 Lieder individuellement, en respectant leur ordre. Je les ai considérés comme s’ils formaient une seule et même entité. Je pourrais aussi dire que je les ai interprétés de manière impressionniste, dans la mesure où je ne voulais pas les représenter littéralement, c’est-à-dire décrire le contenu de chacun d’eux ; je ne me suis pas arrêté sur les détails. Je me suis laissé transporter avant tout par la sensation totale que la musique de Schubert provoquait en moi ; et c’est l’aspect qu’il m’intéresse le plus de transmettre au public. Mon idée chorégraphique est de créer une véritable résonance entre la danse, la musique et les textes. Dans ma chorégraphie, je voudrais mettre en évidence les contrepoints, les oppositions qui existent parfois entre musique et poèmes. Ce choix est justifié justement par le fait que chez Schubert aussi, il n’existe jamais une
correspondance étroite entre expression musicale et texte. Si nous prenons par exemple le quatrième lieder appelé Congélation, caractérisé par une impression d’immobilité, la partition musicale exprime au contraire un dynamisme très fort : elle nous transporte. Je pense donc que même Schubert s’est parfois mis en opposition avec les textes comme moi. Nous avons déjà vu d’autres productions de Winterreise qui se limitaient à être trop descriptives et narratives. Je ne veux pas de cela. Ce qui m’intéresse le plus, c’est de susciter l’émotion du public, comme quand nous restons émerveillés et fascinés, par exemple, devant un tableau abstrait, sans en
comprendre la raison. C’est notre sensibilité qui entre en jeu et nous le fait aimer.

Winterreise se compose de vingt-quatre lieder divisés en deux livres. Les douze premiers expriment davantage l’état intérieur du protagoniste, les derniers sont plus liés à la nature. Avez-vous gardé cette différence dans le développement de votre ballet ?
Pour moi, les douze premiers Lieder marquent une ligne directrice et constituent sa structure. En écoutant plusieurs fois la musique au moins deux fois par jour, avant le début des répétitions et le soir, je cherche et découvre des correspondances, des échos entre un Lieder et un autre. Au cours de ce processus de création, je pense plusieurs fois au cube de Rubik et j’essaie d’organiser mes idées pour trouver la combinaison finale ; tout cela est excitant. C’est un engagement problématique et risqué, mais en même temps, cela me passionne, car c’est l’aspect dramaturgique de mon travail. La vraie signification de mon Winterreise se révèle dans la construction chorégraphique globale.

Winterreise représente le voyage symbolique de l’âme du protagoniste des lieder de Wilhelm Müller. La solitude, l’angoisse, le désespoir, la nostalgie, le sens de la mort sont présents du début à la fin. Quels aspects voulez-vous souligner ?
Je souhaite développer plusieurs idées tant d’un point de vue chorégraphique que scénographique et dramaturgique, suivant un fil conducteur. A partir de sa déception amoureuse, le jeune protagoniste, blessé, tombe dans un pessimisme cosmique qui le conduit au suicide. Le sens de la mort est présent du début à la fin même si c’est parfois de manière plus voilée. En fait, dans le dernier Lieder, le joueur de vielle symbolise doucement le lent appel
à la mort. Pour que cela soit clair pour les danseurs, j’ai souligné le parallélisme avec un autre suicide romantique célèbre, celui du jeune Werther de Goethe. La différence entre les deux réside dans le fait que dans Winterreise, le chemin qui mène à la mort est lent, progressif et se poursuit pendant toute la durée des vingt-quatre lieder, comme si on regardait un film au ralenti. Au lieu de cela, Goethe aborde le thème du suicide de manière plus brutale et violente. Pendant les répétitions, j’ai essayé de faire comprendre ce contraste aux danseurs.

Propos recueillis par Antonella Poli en amont de la création de Winterreise à La Scala de Milan.

Angelin Preljocaj débute des études de danse classique avant de se tourner vers la danse contemporaine auprès de Karin Waehner.
En 1980, il part pour New York afin de travailler avec Zena Rommett et Merce Cunningham, puis continue ses études en France auprès de la chorégraphe américaine Viola Farber et du français Quentin Rouillier.
Il rejoint ensuite Dominique Bagouet jusqu’à la création de sa propre compagnie en 1984. Il a chorégraphié depuis 52 pièces, du solo aux grandes formes.
Angelin Preljocaj s’associe régulièrement à d’autres artistes dans des domaines divers tels que la musique (Goran Vejvoda, Air, Laurent Garnier) les arts plastiques (Claude Lévêque) le design (Constance Guisset), la mode (Jean Paul Gaultier, Azzedine Alaïa), le dessin (Enki Bilal) et la littérature (Pascal Quignard, Laurent Mauvignier)…
Ses créations tournent dans le monde entier et sont reprises au répertoire de nombreuses compagnies, dont il reçoit également des commandes, c’est le cas notamment de La Scala de Milan, du New York City Ballet et du Ballet de l’Opéra national de Paris.
Il a réalisé des courts-métrages (Le postier, Idées noires en 1991) et plusieurs films, notamment Un trait d’union et Annonciation (1992 et 2003) pour lesquels il a reçu, entre autres, le « Grand Prix du Film d’Art » en 2003… En 2009, il réalise le film Blanche Neige.
Il a également collaboré à plusieurs réalisations cinématographiques mettant en scène ses chorégraphies. Réalisé avec Valérie Müller, le premier long-métrage d’Angelin Preljocaj, Polina, danser sa vie, adapté de la bande-dessinée de Bastien Vivès, est sorti en salle en novembre 2016.
Plusieurs ouvrages ont été édités autour de son travail, notamment Angelin Preljocaj (Actes sud, 2003)…
Au cours de sa carrière, il a reçu plusieurs reconnaissances parmi lesquelles le « Grand Prix National de la danse » décerné par le Ministère de la culture en 1992. Il est Officier des Arts et des Lettres, Chevalier de la Légion d’honneur et a été nommé Officier de l’ordre du Mérite en mai 2006. Il a reçu le « Prix Samuel H. Scripps » de lʼAmerican Dance Festival pour l’ensemble de son oeuvre en 2014.
Aujourd’hui composé de 24 danseurs permanents, le Ballet Preljocaj est installé depuis octobre 2006 au Pavillon Noir à Aix-en-Provence, un lieu entièrement dédié à la danse.